5 choses que j’ai appris avec “La photo de rue”

04Fév

Michael Freeman est une référence lorsqu’il s’agit de livres photo, avec Scott Kelby.Il doit être l’un des plus prolifiques en la matière. Il s’est penché sur le cas précis de la photo de rue avec son ouvrage « Photo school la photo de rue ». Ce livre fait partie d’une collection de 8 livres qui traitent de sujets aussi variés que le noir et blanc, le portrait, le paysage ou la retouche.

Il est important de souligner que Michael Freeman, en plus d’être un auteur, est un excellent photographe. Néanmoins, il n’est pas spécifiquement un photographe de rue. Il a donc fait appel au service de Frank Gallaugher pour pouvoir mieux illustrer le livre avec des photos plus en rapport avec le sujet.

De cette lecture assidue, j’ai retenu 5 éléments qui me paraissent importants :

 

1) Comment être discret dans la rue

Michael Freeman nous donne quelques conseils pour passer davantage inaperçu dans la rue :

Voyager léger. Éviter les trépieds, poignées d’alimentation, réflecteurs ou flashs. Une bonne pratique est d’utiliser un seul appareil avec un seul objectif. Cela vous permet de vous consacrer uniquement sur la prise de vues. Vous obtiendrez des photos plus fortes car vous devrez vous adapter. Faire avec la contrainte d’utiliser qu’un seul objectif. Il faudra mettre en œuvre le bon vieux principe du : «  Le meilleur zoom, ce sont les jambes ». Déplacez vous vers votre cible au lieu de zoomer et reculer si tout ne rentre pas dans le cadre. Voyager léger vous permettra également d’être plus discret, en évitant de porter un gros sac à dos. Enfin, votre balade photo sera plus agréable sans avoir à porter derrière vous plusieurs kilos de matériel inutile.

Se fondre dans la masse. Le fait de se positionner dans un endroit animé rend invisible. Les personnes sont dans leurs pensées, trop occupées à se rendre à leur destination finale. Elles ne font pas attention aux photographes. Vous pouvez aussi vous placer à contre-jour, les individus venant vers vous seront aveuglés par le soleil et ne vous verront pas.

Être discret. Désactiver les bruitages de l’appareil photo. J’adore mon Fujifilm X100T pour cela. J’ai désactivé le son de l’appareil et quand il prend une photo, il ne fait absolument aucun bruit. Un vrai plus pour prendre des photos en toute discrétion. Mon Canon 5D est discret en mode silencieux mais il émet malgré tout un son pour chaque photo. Je me souviens de mon premier mariage où je n’avais pas mis mon appareil en mode silencieux. Le maire s’est retourné vers moi à chaque photo… Grand moment de solitude. Je vous invite à regarder dans les options de votre appareil pour activer cette fonction.

Vous pouvez aussi essayer de faire des feintes un peu comme Robert de Niro dans Ronin. Par exemple si vous êtes avec quelqu’un, vous faites comme si, vous prenez cette personne en photo, mais en fait vous prenez ce qu’il se passe derrière elle. Vous pouvez aussi faire semblant de prendre quelque chose à coté du sujet que vous voulez photographier. Par exemple, vous avez trouvé un sujet, mais vous sentez que celui-ci vous regarde, vous photographez des choses qui sont placées à coté de lui de manière évidente, jusqu’à ce qu’il assume, qu’il n’est pas la cible. Une fois qu’il vous a oublié, vous pouvez maintenant prendre quelques photos de lui. Puis, vous pouvez reprendre des photos à côté s’il vous prend la main dans le sac. Cela demande un peu de pratique, mais c’est amusant.

Le secret de cette photo ?

Le secret de cette photo ?

 

Voici la photo originale. Pour ne rien perdre de la spontanéité de la scène, on a fait semblant de se prendre en photo. Un recadrage plus tard on obtient la photo du haut.

Voici la photo originale. Pour ne rien perdre de la spontanéité de la scène, on a fait semblant de se prendre en photo. Un recadrage plus tard on obtient la photo du haut.

2) Régler l’hyperfocale

Il faut s’intéresser aussi au côté technique de la photo même si c’est parfois ennuyeux. C’est important de maîtriser la technique, pour pouvoir s’en affranchir totalement après et se concentrer uniquement sur les prises de vue.

Le photographe de rue essaye en permanence de saisir « l’instant décisif ». Cet instant par définition est furtif et souvent ne permet pas au photographe d’avoir le luxe de faire sa mise au point. L’idéal est d’avoir déjà la bonne mise au point. Il existe un paramétrage de l’objectif qui permet d’avoir une netteté sur l’ensemble de la photo. Il s’agit de l’hyperfocale. L’hyperfocale est une distance de mise au point qui permet à l’appareil d’avoir la plus grande plage de netteté possible.

Michael Freeman nous invite à régler notre hyperfocale lorsque l’on s’est installé à un endroit et que l’on attend quelque chose à photographier.  C’est un peu fastidieux car cette distance s’obtient en fonction de la taille du capteur, de la focale de l’objectif et de l’ouverture. Des applications smartphone gratuites permettent d’obtenir la distance une fois que l’on renseigne les paramètres de son objectif et de son appareil.  Vous pouvez également imprimer des tableaux correspondant à votre matériel.

 

3) Améliorer sa réactivité

Lorsqu’il est question de photo de rue, la réactivité est essentielle. Quelques astuces sont partagées dans le livre sur comment améliorer celle-ci :

  • Toujours tenir son appareil à la main. Il faut toujours avoir son appareil à la main ou à portée de main (ex : autour du cou). Les sangles offrent différentes possibilités. J’aime particulièrement celles qui permettent d’avoir son appareil sur le côté comme les « black rapid». L’appareil ne rebondit pas sur le ventre, c’est plus agréable pour marcher et l’on saisit l’appareil rapidement et naturellement. Ces sangles ont aussi l’avantage d’être neutres (le modèle de l’appareil n’est pas indiqué sur la sangle) contrairement à celles qui sont offertes avec votre appareil. C’est mieux de ne pas indiquer que l’appareil que vous avez autour du cou est un modèle XX de chez XX qui vaut donc XX€.
  • Mettre son appareil en mode veille. Les appareils photo sont plus ou moins rapides pour s’allumer et prendre une photo. Attendre plusieurs secondes que l’appareil sort du mode veille, c’est l’assurance de passer à côté de beaucoup de photos. Si quand vous sortez prendre des photos vos sessions sont relativement rapides, pourquoi ne pas désactiver le mode veille ? Suite à la lecture du livre, j’ai changé la gestion du mode veille sur mon Fujifilm X100T pour qu’il reste allumé en permanence. Je vais voir sur le terrain le confort d’utilisation qu’il va en découler et si la batterie peut tenir quelques heures malgré tout. Je vous tiendrai au courant.
  • Ne pas mettre de cache sur l’objectif. Toujours dans le but d’améliorer son temps de réaction, il est préférable d’enlever le cache de l’appareil pendant toute la période pendant laquelle vous allez prendre des photos. C’est la première chose que je fais quand je prends mon appareil dans les mains, je retire le cache, je le range dans une poche et je reviens le réinstalle uniquement quand j’ai fini de prendre des photos. Psychologiquement, on a aussi tendance à se lancer plus facilement pour prendre une photo quand le cache est enlevé, plutôt que, lorsque l’on se dit que l’on doit le retirer, allumer l’appareil, attendre qu’il s’allume et prendre la photo.Si vous craignez d’abîmer votre objectif, visser un filtre UV dessus, cela le préservera d’éventuelles rayures. Ne faites pas d’économies sur le filtre UV.  Il est vrai que mettre plusieurs dizaines d’euros dans ce qui peut ressembler à une plaque de verre semble inutile. Cependant, dépenser une belle somme dans un objectif pour finalement prendre des photos à travers un filtre de mauvaise qualité n’a pas de sens et peut dégrader vos photos.Vous pouvez aussi laisser le pare-soleil en permanence sur l’objectif, cela lui permettra de mieux encaisser les chocs. Toutefois, si vous avez toujours votre appareil à la main, je vous conseille d’enlever le pare-soleil, votre appareil sera moins voyant et vous passerez plus incognito pour prendre vos photos.
  • Préréglez l’appareil. Une fois que l’appareil est allumé et à porter de main, il reste une dernière chose à faire : la mise au point. Nous pouvons la prérégler pour n’avoir plus qu’à cadrer et prendre les photos. Vous pouvez opter pour une mise au point avec l’hyperfocale vue précédemment.  Vous pouvez aussi choisir une mise au point sur une zone bien précise, plus facile à mettre en œuvre. Il faut définir au préalable quelle zone vous voulez nette. Par exemple, vous êtes dans la rue, assis sur un banc et les personnes qui passent sont toujours à la même distance car elles sortent toutes d’une bouche de métro. Vous pouvez alors régler la mise au point sur une personne, puis passer la mise au point en mode manuel sur l’objectif. Il ne reste plus qu’à prendre vos photos. Celles-ci seront prisent instantanément par votre appareil car il n’essayera plus de faire de mise au point au préalable pour chaque photo. Un vrai bonheur.
Un exemple de photo ou il a fallu être réactif. L'homme porte un haut rayé, la femme aussi et ils traversent un passage clouté qui fait un rappel de ces lignes.

Un exemple de photo où il fallait être réactif. L'homme porte un haut rayé, la femme aussi et ils traversent un passage clouté qui fait un rappel de ces lignes.

 4) Anticiper l’instant

Lorsque l’on sait que souvent la photo idéale d’une situation ne dure qu’une fraction de seconde, il est intéressant de chercher à anticiper cet instant de manière à pouvoir prendre la photo dans les meilleures conditions.

Quelques paragraphes du livre abordent ce sujet et nous invitent à s’arrêter, observer les gens et se demander ce qu’il va se passer. C’est une chose que je ne fais jamais et je trouve ce concept intéressant. Il y a plusieurs écoles dans la photo de rue. Pour le mode opératoire, on peut diviser les photographes de rue en deux catégories. Ceux qui aiment trouver un endroit intéressant et attendent leur sujet et ceux qui aiment se déplacer et prennent en photo tout ce qui attire leur attention. Les deux sont tout aussi respectables. Je fais partie de la deuxième catégorie.

J’adore marcher dans les rues de Paris et découvrir de nouveaux endroits, j’adopte le même état d’esprit que lorsque je suis en vacances. Je me vois mal arriver dans une grande ville étrangère et rester 1h ou 2h à un seul endroit pour avoir une photo en particulier et refaire la même chose 2,3 fois dans la journée. Cela reste des vacances et cette méthode est un peu trop chronophage à mon goût. Je préfère couvrir beaucoup de terrain. Le résultat est plus aléatoire, mais il y a un côté loterie que j’aime bien. L’avantage de procéder pareillement pour les photos de voyage et celles prisent au quotidien, c’est que lorsque je pars en vacances, je n’ai pas besoin de modifier mon mode opératoire. Le décor change, mais la manière de procéder est la même.

L’aspect négatif de cette approche est qu’on ne prend pas assez le temps d’observer et de se poser des questions comme « essayons de voir ce qui pourrait se produire dans cette scène dans la minute qui vient ». Il m’arrive de plus en plus de faire des pauses pendant mes marches où je peux rester 5 à 10mn au même endroit. Il m’est difficile de rester à un endroit et d’attendre, je ne suis pas très patient. J’ai pourtant remarqué que les photos qui résultent de ces pauses sont plus soignées et plus élaboréescar je prends davantage le temps de réfléchir au cadrage, au sujet et à son emplacement. Une idée à vraiment creuser.

Bien garder les yeux ouverts (si vous en avez deux, sinon un seul fera l'affaire aussi)

Bien garder les yeux ouverts (si vous en avez deux, sinon un seul fera l'affaire aussi)

5) Photographier partout dans la ville

Tout au long du livre, il est question des différents endroits où l’on peut prendre des photos de rue. Il nous conseille de prendre des photos en dehors de la rue ou dans le cadre de certains événements comme : les foires, les marchés, les fêtes, les manifestations, les concerts… La ville est notre terrain de jeu et vous devez vous l’approprier dans son entièreté.

Varier les endroits, c’est se forcer à s’adapter à différents environnements et faire face à de nouvelles situations. C’est sortir de sa zone de confort. Cela va venir nourrir l’ensemble de vos compétences et vous resservira dans les photos où vous êtes plus à l’aise. Par exemple, j’ai couvert plusieurs mariages (ce qui peut sembler assez éloigné de la photo de rue) et c’est à chaque fois une expérience très enrichissante, qui me force à être meilleur techniquement et plus réactif. C’est aussi un vrai bonheur pour un photographe de rue, c’est la seule fois où des inconnus vous laissent les prendre en photo toute une journée, sans la moindre réflexion. Le rêve.

 

Le livre

Michael Freeman n’étant pas un photographe de rue, il ne peut pas véritablement partager sa confrontation avec la rue et les précieux conseils qui auraient pu en résulter. Sa grande expérience en tant que photographe et auteur lui permet malgré tout de livrer un ouvrage facile à lire et offrant quelques astuces intéressantes.

Ce livre contient beaucoup de principes de base, voire des théories sur le genre « street photo ». Conseiller d’utiliser un téléobjectif ou de prendre des photos depuis la hanche ne sont pas les meilleurs conseils que l’on puisse donner. Le résultat des photos avec le téléobjectif est souvent décevant, on sent bien que le photographe est loin de son sujet, on ne sent pas cette tension où celui qui regarde les photos est à la place du photographe, proche de ses sujets. C’est aussi le meilleur moyen pour passer pour quelqu’un qui a quelque chose à se reprocher. Concernant les photos depuis la hanche, c’est la même chose, on le voit tout de suite à l’image. A part si on s’appelle Vivian Maier et qu’on ai équipé d’un RollerFleix, il vaut mieux éviter.  Enfin le photographe de rue doit s’investir s’ il veut obtenir des photos fortes, il doit se rapprocher et non pas s’éloigner ou essayer de dissimuler son appareil.

J’ai  d’autres livres de Michael Freeman et si j’avais un autre petit reproche, cela serait la qualité inégale des photos. Contrairement à ses autres livres remplis uniquement de ses photos magnifiques. Le Livre que je vous présente est rempli en majorité de photos qui proviennent de Frank Gallaugher. Après quelques recherches sur Google, il s’avère que celui-ci est plus connu pour écrire des livres : comment prendre des photos avec un ipad ou avec un olympus… plutôt que par ses photos.  Les seules photos que j’ai pu voir sont sur son compte Facebook, il vient d’ailleurs de changer sa photo de couverture pour cette photo :

© Frank Gallaugher

© Frank Gallaugher

Cela me rappelle étrangement une autre photo… Et j’ai ma petite préférence…

© Serge Ramelli

© Serge Ramelli

Si vous voulez également faire la même photo, rien de plus simple rendez vous à la station de métro Bir Hakeim (ligne 6). Vous aurez pris soin, au préalable, de louer un objectif 14mm.

Je ferme la parenthèse. Les photographies du livre ont donc le mérite de couvrir tous les sujets traités dans l’ouvrage, mais elles ne sont pas toujours très inspirées.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre, c’est la section « Analyse » qui vient conclure chaque chapitre. Deux photos de photographes de rue sont montrées et expliquées brièvement par leurs auteurs. Michael Freeman vient commenter chacune d’entre elles et explique pourquoi la photo est réussie ou comment elle aurait pu être améliorée.

Le livre propose également une série de petits exercices pour pratiquer et améliorer ses prises de vue dans la rue. Cela peut nous inspirer. Enfin, un chapitre nous offre quelques astuces pour améliorer ses performances sur le terrain.

En conclusion, ce livre est une bonne approche pour des photographes de rue débutants, qui ne sauraient pas par où commencer. Pour des profils plus expérimentés, il n’apportera pas grand-chose.

Référence du livre

Titre : Michael Freeman photo school la photo de rue

Auteur : Michael Freeman

Editeur : Pearson

Nombre de pages : 159

Prix : 21€



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